« TSU »

L’écriture déborde

Extrait

« Je ne vous dis rien, j'ai vu la vague c'est tout, je l'ai vue, je ne vous dis rien, je l'ai regardée en face,


J’ai porté mes mains à mon ventre, j’ai protégée de tous mes bras, de tout mon corps, de toute mon âme, l’enfant que je portais en moi, mon troisième enfant,


Sur la plage, j’allais attendre tout le jour en marchant, les pieds nus, la sage femme qui avait déjà cueilli en sa ronde cabane sur la hauteur du village mes deux premiers enfants. Nous sommes devenues amies et quand je lui ai demandé si elle acceptait de venir cueillir mon troisième enfant sur la plage, la nuit tombée, que je l’accueille en ma maison et lui présente Cyzli et Lyzli, si elle acceptait que nous partagions, avant ou après la naissance, une tasse de thé, j’ai cru qu’elle allait dire non, mais non, elle a tout de suite accepté, je savais et nous savions toutes les deux que c’était cette nuit de pleine lune et du plus long mois de l’année que mes entrailles allaient de nouveau s’ouvrir et l’enfant pousser très fort,


Je venais de nager, les vagues douces berçaient l’enfant et la mer chuchotait la berceuse des bébés qui s’éveillent


(elle souffle comme le vent et chante)

Choufichoufichoufou

Liguiliguilibiloufgui

Choufichoufichoufou

Liguiliguibilguilouf

(elle souffle comme le vent)



Je me suis flanquée sur le sable, j'ai écarté les bras, je ne vous dis rien, je vous dis ça, j'ai vu la vague soudaine, elle a déferlé, je vous dis ça, elle déferle encore, plus vite que moi, elle a déferlé plus vite que mon amour quand je te dis je t'aime, je t'aime,

Le regard est capturé par cette femme qui revient d'un long voyage, d'un voyage dont on n'a pas idée, d'un voyage au plus loin de la vie, aux confins extrêmes de la mort et de l'éternité. Cette femme a tout vu, la lumière d'avant tout, la lumière d'après tout, les forces des dieux, les forces des diables, la nature monstrueuse, tout, le fil de la poésie, le film du mystère, allez savoir.

La photo n'est pas finie. L'œil glisse vers le haut, à gauche, une main, juste une main gonflée, gorgée d'eau et d'air qui manque et d'irrespirable vie. Un cadavre d'homme. Une main que la jeune femme semble adorer, prier, pleurer, si n'était qu'elle n'en fait rien. Une main aimée ? Je ne sais. Je m'approche. La photo déborde. Tsunami. Tsu...