Les lectures théâtrales de pièces en avant-création

« Lire le théâtre, c’est théâtraliser la lecture et la lecture théâtrale, c’est déjà tout un théâtre. Allez, ouvrez la lecture ! »
La compagnie Hymnalaya

« TSU »

L’écriture déborde

J'ai perdu cette photo, ça remonte à loin, près de dix ans je crois, c'était au lendemain du tsunami, là-bas, en Indonésie, le 26 décembre 2004, ça me revient très précisément, une photo dans un magazine, une photo vive, pleine de couleurs criantes, bord d'océan, une femme recroquevillée sur le sable, on la devine jeune et belle, la face tournée vers nous, un visage à peine visible, enfoui dans le sable dans un masque de chair et de pierre, la jeune femme, oui, elle est jeune, la jeune femme, jambes repliées sous le buste, le ventre sur la plage, les bras en croix, porte des vêtements rouges, bleus, verts, jaunes, or, des vêtements amples qui semblent la porter, des vêtements dont on ne saurait dire s'ils sont secs ou trempés, comme les longs cheveux noirs, secs peut-être, mouillés peut-être, difficile à voir, difficile à dire. Il fait grand jour, grand soleil, océan calme et bleu.
Le regard est capturé par cette femme qui revient d'un long voyage, d'un voyage dont on n'a pas idée, d'un voyage au plus loin de la vie, aux confins extrêmes de la mort et de l'éternité. Cette femme a tout vu, la lumière d'avant tout, la lumière d'après tout, les forces des dieux, les forces des diables, la nature monstrueuse, tout, le fil de la poésie, le film du mystère, allez savoir.
La photo n'est pas finie. L'œil glisse vers le haut, à gauche, une main, juste une main gonflée, gorgée d'eau et d'air qui manque et d'irrespirable vie. Un cadavre d'homme. Une main que la jeune femme semble adorer, prier, pleurer, si n'était qu'elle n'en fait rien. Une main aimée ? Je ne sais. Je m'approche. La photo déborde. Tsunami. Tsu...

Les conférences littéraires

« Une voix seule face à nous et c’est déjà le début des mondes, celui-ci et bien d’autres… »
La compagnie Hymnalaya

Le chenapan ou l’art de l’enfance et l’enfance de l’art

L’art de l’enfance et l’enfance de l’art ne semble ne jamais donner naissance à l’art de la cité ni à une cité de l’art, moins encore à l’art du citoyen et à une citoyenneté de l’art. L’enfant, qu’il ait été sage ou le plus souvent hors des sentiers battus, cherche vainement les règles justes de la société et une société des règles justes. Alors, il chenape, il se souvient et ne néglige jamais les leçons immobiles de son regard encore vierge et cependant revenu de tout. Les mots de la réalité ne sont pas toujours ceux que l’on croit, d’ailleurs la réalité est toujours ailleurs.

La tête foraine ou les jeux de société

L’enfant grandit mais il lui semble que les manèges de la ville se réduisent en poussière, que l’enfance même n’aura été qu’un leurre tant se troublent les règles et tant parfois le pompon nous tombe dans les mains sans qu’il ne soit venu récompenser nos véritables efforts. En savoir plus sur les rouages des manèges qui régissent notre société est la seule démarche susceptible de ne pas nous jouer les plus mauvais tours.

Les petites foulées ou l’éternité pas à pas

Il court il court, lui et elle, idem, elle court, elle court, chacun y va de ses petites foulées, de sa course de courte vie et parfois de courte vue. La course endurée épanouit le regard, les temps se mêlent, ils délivrent de nouvelles conjugaisons. Des ornières et des vents contraires, des lassitudes comme des blessures, des questions sans réponses : naissent autant de petites prises. Une architecture indicible nous surprend. L’insaisissable à petites foulées saisi. La mer bue à petites gorgées. La vie peut-être qui rend gorge. Cherchez pas docteur c’est vraiment là que ça se passe !

Le sablier ou les bâtisseurs du temps

A chacun son tas de sable, sa pelle, sa pioche, sa brouette, à chacun son chantier. Et voici, il faut bâtir, coûte que coûte. Avec le sens du calcul ou pas. Avec de l’aide ou pas. Avec le goût des chemins tout tracés ou pas. Avec la connaissance des pas ou pas. Pas de danse, pas de travers, pas de côté, pas de course, pas de fardeau fardé. Les châteaux en Espagne ne testent jamais que la résistance de son propre rêve emmuré. Parfois : aucune chance. Alors, surtout là, dans cette situation : au travail !

Nanir ou la ville nouvelle

Allez, cherchons bien, elle existe, mais quoi donc ? Cette archéologie de l’anonymat. Nous pensons nous connaitre, on nous a tant dit dans notre enfance et dans notre jeunesse que nous disposions de tels vilains défauts, de telles possibles qualités. A l’âge adulte, on nous a glissés long du corps barrières et lopin d’évolution, carte d’identité, comptes divers et statuts avec socle ou sans socle. Nous nous sommes un peu aidés il est vrai ; or voici, un jour, une nuit, sans crier gare, nous nous perdons, nous nous sommes perdus et c’est tant mieux. Anonymes à nous-mêmes, nous disposons alors de l’infime chance de nous trouver enfin. Comprenons-nous bien, nous n’évoquons pas une maladie, nous abordons le recours d’une véritable santé et nous entrons dans une autre vie comme dans une autre ville, pas seulement inventées de toutes pièces.