« Laon Piaf »

Extrait

Prologue
MUSIQUE 1
Le coryphée (descendant le grand escalier cependant qu’Edith sort du petit escalier et monte lentement le grand escalier : « On ne se consacre pas à la poésie, on s’y sacrifie. », dit Jean Cocteau, l’intime ami d’Edith Piaf. « Piaf ne s’est pas consacré à la chanson, elle s’y est sacrifiée. » Parlons aujourd’hui d’un même théâtre... Mélodrame, me direz-vous ? Je prends. (Edith parait au petit escalier) Quand la vie s’offre en mélodie, que voulez-vous, moi, le coryphée des chorales invisibles, je prends. Un peu frisquet ce soir, n’est-ce pas ?... Levons les bras au ciel et descendons, lentement, en nous-mêmes, frappons les silex la terre et des cieux : tenons-nous chaud... Et que... C’est toujours un instant délicat : l’instant de l’incantation... Sacré voyage en vérité ! On n’en revient pas toujours et, si l’on en revient, quelque chose, en nous, à tout jamais, ne sonnera plus comme avant... Incantation !... Que l’histoire dite grande naisse, en vérité, de la seule volonté des petites gens. Chaque vie est mémoire du monde, chaque instant ponctue l’éternité. Qui ne se souvient pas n’est pas à vif. Est-il seulement vivant celui qui ne se souvient pas ? Laon Piaf ou le récital céleste, c’est à la fois l’étrange histoire d’une ville, Laon, la dite montagne couronnée, l’étrange histoire d’une chanteuse populaire, Edith Piaf, mais c’est aussi l’étrange histoire d’une jeune femme, prénommée Edith, elle aussi, voyez, elle descend péniblement l’escalier, et c’est, peut-être, un peu, l’étrange histoire de chacun d’entre nous... Qu’aucune de ces étrangetés ne nous soit étrangère et, le mystère, plus entier que jamais, nous sera doux comme l’envol d’une chanson... (elle pose le bassine, pleine scène devant une chaise, un texte et une trousse de toilette accrochée à la chaise)